Les thèmes



  • Archives


    FréquenceTerre

    Ecouter Fréquence Terre Accéder au site de Fréquence Terre
    8 septembre 2009

    Quelques réflexions sur la taxe carbone

    La taxe carbone pour réduire les émissions de CO2 ?

    On entend surtout que la taxe carbone est destinée en premier lieu à limiter nos émissions de CO2. Les journalistes et les politiques devraient se donner la peine de lire les ouvrages écrits par le « papa » de la taxe carbone et ils réaliseraient que la réduction des émissions n’est qu’un des buts secondaires de cette fiscalité.

    cest-maintenant

    Le pourquoi du comment par le père de la taxe

    Jean Marc Jancovici présente la taxe carbone dans (au moins) deux livres : Le plein s’il vous plait et C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde, ainsi que dans différents articles de son site Manicore.
    Le premier ouvrage liste les raisons pour lesquelles il faut mettre en place cette solution et indique pourquoi elle est une des seules qui ait une chance de fonctionner. Le second donne plus de détails sur les actions à mettre en place (au delà même de la taxe) et les freins à leur application.

    On sort de la lecture du premier livre convaincu qu’il faut faire quelque chose. Après avoir terminé le second on se dit : « on est pas sortis de l’auberge ! ». Les événements récents viennent d’ailleurs corroborer cette impression.

    Alors, c’est pour quoi finalement cette taxe carbone ?

    Pour Jancovici, le premier problème auquel nous allons devoir faire face dans un futur pas si lointain est la déplétion des énergies fossiles, pétrole en tête. L’arrivée du peak oil, dont la date est toujours sujette à débat, mais qui est inéluctable, va marquer le début de la fin du monde tel que nous le connaissons.

    La taxe carbone vise à nous désintoxiquer des énergies fossiles, à faciliter la réorganisation de toutes les activités économiques et à changer profondément notre façon de vivre pour les adapter à un monde où l’énergie sera plus rare et plus chère.
    Comme le dit Eric Laurent dans son livre La face cachée du pétrole : Le pétrole, c’est comme une petite amie. Vous savez qu’un jour, elle vous brisera le coeur. Alors il faut la quitter avant qu’elle ne le fasse.

    Vous aurez déjà noté que presque personne n’évoque ces problématiques d’énergie en parlant de la taxe carbone.

    Concrètement, comment ça marche ?

    Jean Marc Jancovici propose de basculer progressivement une partie de notre fiscalité vers les ressources, et en particulier l’énergie (qui ne coûte presque rien alors qu’elle va se raréfier) et en taxant moins le travail (qui devra remplacer une bonne partie de l’énergie que nous n’aurons plus).

    La taxe carbone vise à  :

    • susciter des économies d’énergie : diminuer les dépenses inutiles, plutôt que de tenter de continuer à augmenter la production énergétique. Des négawatts plutôt que des mégawatts.
    • réorienter la consommation vers des produits moins énergivores en augmentant le prix des autres
    • Encourager des changements profonds de mode de vie

    Son bon fonctionnement suppose que son produit soit en partie redistribué, non pas pour compenser les hausses de prix pour les ménages les plus modestes ou les professions en difficulté, mais pour accompagner leur transition vers un monde où l’énergie sera moins abondante. Elle pourra donc servir à financer la reconversion des chauffeurs routiers, l’isolation des logements ou la mise en oeuvre de politiques de construction contrecarrant l’étalement urbain.

    On voit bien qu’il y a là des différences fondamentales avec le projet tel qu’il est « vendu » actuellement.

    Mais ça va coûter cher cette nouvelle taxe !

    Les chiffres qu’on a diffusé actuellement mentionnent une taxe d’un montant de 32€ la tonne de Co2, ramenés à 14€ la tonne de Co2 dernièrement. Pour se faire une idée plus précise de ce que ça représente, un petit coup de calculette.

    Pour un véhicule émettant 140g/km, et pour 15000 km parcourus, cela représenterait sur une année :
    140 * 15000 / 1000000 : 2.1 tonnes de Co2 émises annuellement soit une taxe de 29,40€… par an.
    A cela viendraient s’ajouter quelques Euros, voire quelques dizaines d’Euros pour le chauffage et les autres consommations d’énergie fossile (l’électricité étant à priori exclue), plus les augmentations de prix (minimes à priori) de tous les biens qui auront supporté la taxe au cours de leur fabrication. Mais le Kg de boeuf ne verrait pas son prix augmenter de plus de quelques cents.

    Donc si on s’en tient à ce qui est mentionné actuellement, et même avec le montant « exhorbitant » de 32€ la tonne proposé, cette taxe n’aurait qu’un impact mineur sur le budget annuel des français, très probablement moins de 100 € par an en tous cas, sauf pour ceux qui emmènent leurs enfants à l’école en 4×4 et qui prennent l’avion une fois par mois.

    Est-ce que ce serait suffisant pour faire changer fondamentalement les choses ?
    Evidemment NON, surtout si la taxe carbone est uniquement « compensée » par une suppression de la taxe professionnelle.

    Que faudrait il faire alors ?

    Sur son site, Jean Marc Jancovici calcule l’impact d’une taxe carbone d’un montant de… 1500 € la tonne. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’un tarif de cet ordre est autrement plus persuasif, mais qu’il ne pourra jamais être appliqué tel quel d’un seul coup.

    Dans « C’est maintenant ! », le même Jancovici insiste sur plusieurs points :

    • La taxe n’est qu’une partie d’un ensemble de mesures destinée à assurer la transition vers une économie utilisant peu d’énergie fossile
    • Ces mesures doivent être planifiées sur 30 ans, bien au delà des échéances électorales, donc…
    • La taxe devra être utilisée pour financer toutes les mesures accompagnant la transition et facilitant les économies
    • L’électricité doit être incluse dans les éléments taxés pour encourager les économies ou bien on assistera à un report massif sur cette énergie qui contribuera plus aux émissions de Co2 (le nucléaire et l’hydroélectricité étant complétés par des centrales thermiques en cas de pic de consommation)

    Au final la taxe n’est qu’un seul élément dans un énorme chantier de réorientation de l’économie qui nécessitera un effort comparable à celui qui à permis le passage des Etats Unis à l’économie de guerre à partir de 1941.

    Inutile de préciser qu’on en est très, très (très) loin dans les débats actuels.

    Ni les journalistes, ni les politiques n’ont réalisé les enjeux de la déplétion des énergies fossiles, alors que ce serait le premier message à dispenser massivement aux français si on veut qu’ils acceptent un jour de voir adopter les mesures nécessaires.

    [edit] le montant proposé par le chef de l’état est désormais de 17€ la tonne, sans augmentation planifiée, sans prise en compte de l’électricité et avec des compensations financières. Rue89 propose une méthode de calcul du coût de la taxe qui impactera différemment ruraux et urbains.[/edit]


    9 commentaires pour “Quelques réflexions sur la taxe carbone”

    1. Christophe Vieren dit :

      Je te remercie pour cet excellent article. Je suis comme toi à fond pour la taxe carbone même si elle ne saurait suffire à elle-même.
      C’est l’élément INDISPENSABLE au catalogue des (très) nombreuses mesures à prendre pour préserver notre futur bien incertain : incitations, informations, interdiction (a minima), dissuasion (« taxe »), etc. Toutes sont indispensables, NULLE ne saurait être de trop.

      Quand, à cause d’une trop forte demande mondiale, les cours du pétrole seront tels que les revenus modestes – auxquels tout le monde semble s’intéresser soudainement !!!- ne pourront de toutes façons plus rouler en voiture, tandis que les riches le pourront, on en sera de toute façon au même point, les conséquences du changement climatique en plus, les alternatives en moins (faute d’avoir dégagé l’argent nécessaire à préparer cette alternative).

      Un coup d’oeil sur cette courbe, suffit à visualiser le problème et la proximité très probable du peak oil. : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/petrole/cours-petrole-brut.shtml

    2. Kilroy dit :

      Sur le peak oil, le site Oleocene propose des éléments d’analyse intéressants, bien que les mises à jour se fassent plus rare dernièrement.
      Plusieurs points à savoir :
      - Pour les pays hors OPEP, tous les pays ont passé leur pic de production hormis le Canada, la Russie et le Brésil
      - 2006 est l’année de plus forte production (ce qui fait dire à certains qu’on a passé le pic)
      - juillet 2008 est le mois de plus forte production
      - L’ASPO (Association for the study of peak oil) estime que le pic de production pourrait intervenir vers 2015

    3. gael dit :

      Je serais plus favorable pour une taxe pour les entreprises!

      Ou uniquement pour les grosses voitures type 4×4!
      gael

    4. michaelgermant dit :

      ENVIRONNEMENT,
      il faudrait arreter, toujours les même qui vont trinquer en plus sous couvert de protéger l’environnement.Je suis d’accord pour agir mais il y d’autre chose que les taxes

    5. Christophe Vieren dit :

      Bien sûr il y a autre chose que les taxes (cf. mon post du 9 septembre). Mais quoi donc ?

      Et pour homo economicus quoi de plus convaincant que le prix ? Pourquoi les gens se précipitent chez leader price, lidl et autre hard discount sans se soucier de l’impact social (délocalisation) et environnemental (fabrication de produits plus que douteuses).
      En outre, ce ne sont pas toujours les mêmes qui vont trinquer. Ce sont ceux qui polluent (eh, oui, une voiture ca pollue !) qui vont trinquer. Ceux qui vélotent, qui covoiturent, qui marcheapied, qui transportcollective, qui ont une petite cyclindrée, … ils vont gagner de l’argent puisque les recettes de la taxe vont être reversées intégralement et forfaitairement à chaque foyer fiscal.

      En outre comme les riches consomment plus, c’est plus de rentrée fiscale grâce à eux (via l’augmentation des prix que répercuteront les entreprises soumises à la taxe carbone). Donc plus de services publics pour les « pauvres » et aussi plus d’argent pour financer les alternatives. Donc les pauvres y sont gagnants.
      Maintenant, cela n’est pas incompatible avec une redistribution des richesses, une taxation des revenus financiers, une rogressivité plus forte de l’impot sur le revenu, l’augmentation du smic, la réduction des dépenses militaires. Hélas aujourd’hui nous avons affaire à un gouvernement peu social. Cependant le climat et le peak oil n’attendront pas un changement de gouvernement.

      Maintenant on peut taxer les entreprises (elle le sont via la taxe carbone), cela ne change rien au final car ils répercuteront cela sur le prix de vente. N’oublions pas que ces sales entreprises polluantes ne produisent pas pour les martiens mais bien pour nous consommateurs. Ou elles peuvent aussi délocaliser pour échapper à ces taxes !

      La taxe carbone c’est le principe pollueur/payeur, et donc chacun doit être taxé à hauteur de la pollution qu’ill génère. En outre, les grosses cylindrées sont déjà pénalisés (quoique insufissament) par le malus écologique.

      En résumé, la somme d’argent à dégager pour la nécessaire révolution énergétique est colossale. Tout mesure donc pour favoriser cette révolution est la bienvenue. Un peu de taxes, un peu d’incitation, un peu de répression, un peu d’interdiction, un peu d’alternative, ….

      Quand le pétrole sera durablement à 150 dollar à cause du peak oil, la taxe carbone ressemblera à une aimable plaisanterie. Alors autant changer de comportement avant grâce à l’aide du couple dissuasion/incitation rendu possible grâce au couple recettes/dépenses des taxes.

    6. Magasin Bio Grine dit :

      Elle est vraiment trop faible cette taxe carbone. Quand je vois les déplacements que je fais et ce que ça me coûte en essence (ou même ce que ça va me couter), ça ne risque pas de changer demain …

    7. johnatan dit :

      Le feuilleton taxe carbone est loin d’être fini :
      http://www.demain-ma-maison.com/aufildeleau/taxe-carbone-la-suite-du-feuilleton/
      Bonne lecture

    8. Claude BARBERGER dit :

      Bonjour,
      Excellentes réflexions sur ce bide de la taxe carbone; une fois de plus, c’est l’intérêt particulier qui l’a emporté sur l’intérêt général. Et tout ça pour préserver le court terme.
      Après nous le déluge !
      Claude BARBERGER
      BESANCON

    9. Rcoutouly dit :

      Cette taxe carbone subit un enterrement de première classe. Nous en connaissons les raisons : le concept de taxe carbone généralisée était une erreur dès le départ, un « machin » bureaucratique de plus, inadapté, sans souplesse, réactivité et adaptation aux réalités économiques et sociales qui ne pouvait que susciter que le rejet.
      Pourtant d’autres solutions de fiscalité environnementale existent. Pour ma part, je défend depuis septembre 2007, le principe des contributions incitatives, plus légères et plus positives que la lourde taxe carbone.
      Je l’ai défendu dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, puis lors de la conférence des experts pour la mise en place de cette contribution, en vain. Il est fort dommage de ne pas avoir été entendu.
      Souhaitons que les hommes de bonne volonté et le personnel politique s’emparent sans peur de cette question et ne la rejetent pas dans les oubliettes.
      http://www.fiscalite-environnementale.net/categorie-11056427.html

    Laisser un commentaire

    Clicky Web Analytics